Sur la page, les vignes se déplacent, des zones entières meurent ou renaissent selon l’histoire sociale, économique et parfois sanitaire du pays. Le grand bouleversement du XIXe siècle tient en un mot : phylloxéra. En observant les séries cartographiques entre 1860 et 1910, on saisit la violence de la perte des vignes dans le Languedoc, la vallée du Rhône, la Provence, et jusqu’aux confins de la Champagne.
- Avant 1870 : le vignoble s’étend des rivières aux collines, les villages vivent au rythme de la vendange.
- Après l’invasion du phylloxéra (à partir de 1863 en France) : contraction brutale, terroirs abandonnés, replantations hésitantes sur porte-greffes américains.
On suit alors à la trace, d’un calque à l’autre, le resserrement des zones de production ; parfois la disparition complète des vignes sur certains secteurs. Ainsi, la région de Bordeaux perd près de la moitié de ses surfaces plantées entre 1875 et 1890 (source : INAO). Nombre de cartes de cette période signalent, par des hachures ou couleurs différentes, les vignobles « atteints », « arrêtés », ou « en cours de replantation ».
Les cartes anciennes témoignent aussi des crises sociales – l’épisode de la Grande Révolte des vignerons du Languedoc (1907), où des hectares entiers sont délaissés, arrachés dans la douleur; de la réforme des appellations dans les années 1930 : les contours bougent, les terroirs se redéfinissent. La création des AOC (Appellations d’Origine Contrôlée) en 1935 s’accompagne de nouvelles séries cartographiques, affinant encore la connaissance des crus (INAO, archives).