A lire – La Morale d’Yquem – Alexandre de Lur Saluces

livre-la-morale-dyquem-alexandre-de-lur-salucesCe livre est le récit d’entretiens réalisés en 1999 entre Alexandre Lur de Saluces, propriétaire à l’époque du Château d’Yquem, et de Jean-Paul Kaufmann, écrivain et grand amoureux des vignobles.

Cet échange entre les deux hommes a été réalisé dans le but, entre autre, de marquer la fin de la bataille familiale qu’il y eut entre les successeurs de la propriété autour de l’avenir du bien commun. En effet, les nombreuses dissensions permirent à LVMH de rentrer au capital du Château d’Yquem à hauteur de 55% alors que le comte Alexandre Lur De Saluces s’y opposait. Mais le temps aidant, chacune des deux nouvelles parties trouva un terrain d’entente : LMVH préservait les valeurs et le mode de fonctionnement du Château d’Yquem et le comte gardait son poste d’administrateur.

Dans ces entretiens, le comte explique qu’il veut dorénavant faire table rase du passé et présente une figure apaisée tournée vers l’avenir. Il réaffirme à plusieurs reprises qu’il est confiant dans ce nouveau partenariat car il sait que les valeurs d’Yquem seront garanties et défendues par les deux partis. Il revient d’ailleurs sur l’histoire familiale du domaine et présente la morale d’Yquem, cette exigence dans le travail, ces principes de droiture et d’ouverture, et cette noblesse à la fois subtile et affirmée.

Noblesse qui permet d’ailleurs à Jean-Paul Kaufmann de rebondir sur quelques questions indiscrètes comme l’attachement des Lur de Saluces à la cause monarchique (auquel le comte évitera de s’étendre trop longtemps). Un autre sujet sensible, celui des dégustations de vraies-fausses bouteilles d’Yquem de Jefferson sera abordé mais très succinctement. Dans l’ensemble le travail de Jean-Paul Kaufmann n’est pas de troubler l’échange avec « Monsieur le Comte » mais plutôt d’aider ce dernier à exprimer ses idées et à mettre en avant sa figure de père menant à bien son château familial.

Et cela fonctionne plutôt bien, car on ne peut s’empêcher d’avoir de la sympathie pour cet aristocrate paternaliste qui souhaite mener coûte que coûte sa mission de faiseur de grands vins. Peu de concessions d’ailleurs en ce qui concerne la production : pas de chaptalisation, un rendement autour de 7/8 hectolitres par hectare (soit un pied de vigne pour un verre d’Yquem), un ramassage des raisins dans un panier en peuplier plus petit qu’une hotte, un élevage de 3 ans et demi…

Les autres vins sont également évoqués que ce soit l’Y (qui n’est d’ailleurs à l’époque produit que tous les 2,3 ans) ou ceux du Château de Fargues, l’autre propriété du Comte où le terroir est différent d’Yquem, mais l’exigence dans la production de Sauternes est la même.

En conclusion, même si comme noté par Jean-Paul Kaufmann, Alexandre de Lur Saluces peut être perçu comme un « patron de droit divin », il dégage de ce livre une aura positive autour de ce chef d’orchestre qui apprécie la tradition qu’elle soit dans la noblesse des titres anciens, comme dans la coutume des choux à la crème des vendangeurs le dimanche.

Extrait :

L’histoire qu’Yquem raconte est tout à fait originale.  Elle commence par le nez, qui n’est pas toujours très expansif ni expressif pour les jeunes millésimes. Pour des vins un peu anciens en revanche, il laisse flotter des effluves extraordinaires dès l’ouverture de la bouteille. L’attaque, en général, est toujours très soyeuse, souvent somptueuse. Elle est suivie d’une sensation plus enveloppante qu’un dégustateur a bien caractérisé en disant : « ce vin tapisse le palais. » Effectivement il est présent sans être oppressant, avec élégance, légèreté. Il est là. On a le temps d’en rechercher les harmonies ou les dissonances, d’en traquer d’éventuelles failles.
Mais ce qui domine est ce sentiment d’équilibre. Équilibre entre les éléments sucrés qui pourraient être entêtants, mais qui sont contrebalancés par des touches d’amertume, voir d’acidité. Lorsqu’en finale, on abandonne le vin et qu’on l’avale, il reste quelque chose qui raconte une autre histoire, une histoire qui dure, qui s’étale dans le temps… […]
Yquem, c’est l’harmonie dans la complexité des saveurs, une harmonie qui évolue, dont les constituants se fondent pour donner naissance à d’autres équilibres, à de nouvelles harmonies au fil du temps.

Nota bene : le Comte ne travaille plus au Château d’Yquem depuis 2004, et se concentre sur le développement du Château de Fargues. 

La Morale d’Yquem
Entretiens avec Jean-Paul Kaufmann
Alexandre de Lur Saluces
Editions Grasset-Mollat

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Une réflexion sur “A lire – La Morale d’Yquem – Alexandre de Lur Saluces

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