Juré au Concours Général de Paris

CGA_01Honnêtement, j’avoue avoir eu une pointe de fierté en recevant la convocation. Moi, Larry Levan, 30 ans, winelover, j’allais décider de ce qui est bon ou pas pour les consommateurs français. Enfin, j’allais participer aux choix des vins qui seront médaillés Or/Argent/Bronze pour le Concours Général de Paris 2015. En gros, j’allais goûter des vins gratuitement et améliorer mes connaissances en picole.

Je m’étais inscrit un ou deux mois auparavant après avoir lu l’expérience d’un juré amateur averti sur le forum de la Passionduvin (une de mes bibles mais sur laquelle je poste très rarement de commentaires). Cela m’avait donné envie de participer à des concours, en particulier pour confronter mon goût à celui de personnes inconnues et répondre aux questions suivantes : 1. Est-ce que j’avais bon goût ? 2. Est ce que j’avais le même goût que les autres ? 3. Est-ce qu’il y a vraiment des vins capables de mettre tout le monde d’accord ?

Je suis arrivé à ma table, et c’était assez marrant de voir la diversité : deux œnologues (Alsace-Languedoc), un amateur junior de région parisienne (dont le nom de famille était Vigneron), une dame du Sud de la France qui bosse dans le vin et moi, wine blogueur. En gros, des personnes que je ne croise que très rarement dans les bars à vins de l’Est Parisien, donc potentiellement des gens qui ne dégustent pas les mêmes choses que moi au quotidien. Et effectivement dès les premiers vins je vois qu’il y a vraiment un océan entre leurs commentaires et mes commentaires.

CGA_04On a une vingtaine de chardonnay IGP Languedoc à déguster : des vins couleur jaune pâle trouble à jaune fluo limpide. Bon, il en faut pour tous les consommateurs. Et pour tous les dégustateurs. Notre présidente de table, légèrement autoritaire, commente les vins après chaque dégustation, ce qui nous permet d’échanger sur le vif et malheureusement ou heureusement d’harmoniser un peu nos notes. C’est assez instructif dans l’absolu et les autres commentateurs me permettent de nuancer certains points ou d’insister sur d’autres.

Sur les premiers vins on est globalement assez d’accord. Jusqu’à ce que l’on arrive à un chardonnay riche et gras… comme je les aime. Un vin un peu coup de cœur auquel je mets un 15. Et là, je suis le seul à défendre ce vin. Ok, il a des défauts mais il est cool, non ? Oui, ok, il est un peu lourd, mais il vibre, non ? Ou en tout cas il me fait vibrer. Et… voilà. Ce vin n’aura pas de médaille alors qu’il me plaît. A l’inverse ce chardonnay qui sauvignonne, moi je ne l’aime pas. Un chardonnay c’est solaire, un sauvignon, c’est vif et végétal. Et à mes yeux, ce vin ne peut pas être médaillé (et encore moins or) parce qu’il n’est pas typique. Réplique de l’œnologue du Languedoc : « oui mais typicité ça ne veut rien dire, les terroirs sont différents en Languedoc. Et la législation autorise jusqu’à 15% d’autres cépages sur les pays d’Oc Chardonnay ». J’ai répondu avec un argument que je déteste, mais qui malheureusement est vrai « d’un point de vue marketing, on ne peut pas présenter un vin qui porte une étiquette Chardonnay et qui sauvignonne à ce point. Le consommateur peut s’estimer trompé car lors de son achat (sous-entendu en supermarché), personne ne sera là pour l’avertir ». Et c’est là, la limite de l’exercice : doit-on médailler des vins qui nous plaisent et dans quelle mesure doit-on prendre en compte l’avis du consommateur (et les autres contraintes marketing) ?

CGA_03Il y aura quelques autres petits points de divergences mais nous sommes assez d’accord sur les meilleurs vins. J’ai même réussi à faire passer mon vin préféré (pas le chardonnay parfumé un peu lourd dont je parlais plus haut, un autre qui se révélera être plus équilibré tout en ayant une large palette aromatique et que je soupçonne d’être nature ou alors très bio parce que pas du tout limpide) de « nobody » à médaillé or (pas seulement parce que j’ai menacé tout le jury, mais surtout parce que nous l’avons à la fin tous regoûté pour le comparer avec les autres médailles d’or).

La dégustation s’est globalement très bien passée mais j’aimerais faire un petit aparté sur le système de médailles et de ranking. Car comme vu plus haut, se mettre d’accord sur les meilleurs vins (de la table) c’est une chose. Mais être en mesure d’établir un classement et de faire ressortir un vin médaille d’or en est une autre. Pas seulement parce que les goûts des jurés sont différents mais surtout car le système de médailles est mal compris (voir mal expliqué) auprès de ceux qui achètent des vins portant des macarons. En effet ce que le consommateur ignore souvent c’est que les médaillés d’or ne le sont pas tous vins confondus, mais seulement pour une appellation ou une IGP. Ce qui signifie qu’il est possible que le médaillé d’or d’une AOC XX vous plaise moins qu’un médaille de bronze d’une appellation YY. Vient également des questions sur la légitimité des médaillés or : sous quelles conditions un vin peut-il vraiment être médaillé d’or et combien peuvent l’être ? Dans les compét’ sportives on a un seul gagnant à la fin, et non plusieurs. Dans le concours agricole de Paris, l’une des consignes à respecter est que l’on peut médailler jusqu’à environ 50% des vins sur la table. Et cela me paraît beaucoup car cela « dilue » un peu la force des vins médaillés. C’est d’ailleurs une critique que l’on entend souvent de la part des consommateurs quand on laisse traîner ses oreilles autour des rayons vins des supermarchés : « les médailles ça ne veut rien dire ». Aujourd’hui environ 16k vins sont reçus, 8k passent la première sélection et 4k sont médaillés. Pour rétablir la force du Concours dans l’esprit des consommateurs, je serais pour une limite un peu plus sévère du nombre de bouteilles. Effectivement laisser la consigne de 50% de vins à table, mais ne choisir à la fin « que » 1000 vins (en utilisant les notes des jurés). Cela permettrait au Concours d’avoir un message plus fort auprès des consommateurs : « Les 1000 meilleurs vins de l’édition 2015« . Ça en jette, non ? Bien sûr cela fera moins d’heureux à la fin (je parle des vignerons) mais l’argument commercial n’en sera que meilleur. N’est-ce pas le but du Concours que de faire ressortir les meilleurs vins et de les proposer en exclusivité aux consommateurs ?

CGA_06Pour en revenir à mes 3 questions qui me taraudaient avant le concours :
1. Est ce que j’ai bon goût ? Je ne sais toujours pas si j’ai bon goût, en tout cas j’ai mon propre goût et des arguments pour le défendre. J’ai mis les meilleurs notes aux vins techniquement réussis capables de me faire vibrer. En y repensant la note du 15 de mon chardonnay un peu lourd n’était pas forcément méritée. Mais c’est pour cela qu’il est vraiment intéressant de partager sa vision avec celles des autres jurés. Et je pense que plus je participerais à ce genre de concours, plus je serais en mesure d’équilibrer les notes.
2. Est-ce que j’ai le même goût que les autres ? Non je ne pense pas. Il m’est apparu très clairement que nos goûts sont vraiment influencés par nos modes de vie, nos âges, nos lieux d’habitation et nos habitudes de consommation. Le juré alsacien par exemple était capable de trouver tous les vins qui présentaient une pointe de
salinité et de la décrire, car c’est une caractéristique du vin qui lui parle. A l’inverse, pour moi le meilleur chardonnay du sud que j’ai bu est La Peur du Rouge d’Axel Prüfer, et j’ai tendance à tout juger en fonction de ce vin. On pourrait penser que ce mix de jurés aux goûts très différents et aux expériences différentes soient une mauvaise chose. En fait c’est pour moi la force de ce concours. Ici les meilleurs vins ne sont pas choisis par un seul homme ou par des individus habitués à ne boire que des très grands vins. Ils sont faits par un ensemble de personnes engagées dans leur connaissance et amour du vin. Et par des personnes qui achèteront ses vins plus tard.
3. Est-ce qu’il y a vraiment des vins capables de mettre tout le monde d’accord ? Oui, tout à fait. Ce ne sera peut-être pas votre vin préféré que vous partagerez avec toute la table mais dans votre top 5, il y en a qui seront techniquement réussis et dont la personnalité séduira l’assemblée. Ce sera rarement les vins les plus foufous, mais je pense que les médailles d’or sont des vins dans lesquelles on peut avoir confiance.

Pour conclure je pense que le système de médailles est un bon système pour se repérer dans les supermarchés et goûter des vins qui seront globalement appréciés par tous. En revanche si vous voulez un vin qui répond plus à vos goûts personnels et à ce que vous souhaitez boire, il n’y a qu’une seule solution : pousser la porte d’un bon caviste.

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